
Dans son discours inaugural prononcé hier à la conférence du Réseau IP/IPA du CII, Howard Catton, directeur général du CII, a présenté des arguments convaincants en faveur de la pratique infirmière avancée (PIA) et a averti que ne pas développer pleinement ce domaine aujourd’hui constituerait l’une des plus grandes occasions manquées en matière de santé mondiale.
S’adressant aux leaders de la pratique infirmière avancée réunis dans le cadre du plus important rassemblement mondial consacré à la pratique infirmière avancée, M. Catton a appelé les gouvernements et les responsables des systèmes de santé à aller au-delà de la simple reconnaissance de la pratique infirmière avancée et à prendre les décisions stratégiques nécessaires à son développement.
S’appuyant sur des données mondiales relatives au personnel infirmier, sur l’évolution des politiques internationales et sur un corpus croissant de données probantes démontrant la sécurité, l’efficacité et la valeur économique de la pratique infirmière avancée, M. Catton a souligné avec force que celle-ci constitue l’une des solutions les plus efficaces et les mieux étayées pour répondre aux défis de santé mondiaux.
Il a déclaré aux participants :
« Les données probantes montrent clairement que les infirmières de pratique avancée (IPA) constituent une solution éprouvée aux défis majeurs auxquels sont confrontés nos systèmes de santé et représentent l’un des moyens les plus efficaces de prévenir les maladies, de prendre en charge les problèmes de santé et de préserver le bien-être des populations.
Ici, aux États-Unis comme partout dans le monde, les infirmières de pratique avancée ont un impact remarquable. Elles améliorent l’accès aux soins pour les populations mal desservies, répondent à des besoins de santé et à des maladies chroniques de plus en plus complexes et jouent un rôle moteur dans la transition vers des soins de santé primaires préventifs ainsi que vers des services sûrs, efficaces et centrés sur la personne.
En résumé, les infirmières de pratique avancée offrent exactement ce dont les systèmes de santé ont besoin de toute urgence : des soins spécialisés, de proximité, qui améliorent l’accès, la valeur des soins et les résultats en santé.
À une époque marquée par de graves pénuries de personnel de santé, par l’augmentation des maladies non transmissibles, par le ralentissement des progrès vers les objectifs mondiaux de santé et par une forte pression économique, il serait difficilement défendable de ne pas exploiter pleinement le potentiel des infirmières de pratique avancée.
Nous disposons des données probantes et de l’expertise nécessaires. Ce dont nous avons besoin désormais, c’est d’un engagement politique, d’investissements et d’un cadre réglementaire permettant de faire passer la pratique infirmière avancée du statut d’occasion manquée à celui de priorité mondiale en matière de santé. »
À l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité des patients, célébrée le 17 septembre sur le thème « Des soins sûrs pour les maladies non transmissibles », M. Catton a ajouté :
« Alors que nous célébrons cette semaine la Journée mondiale de la sécurité des patients, les données sont sans équivoque : la pratique infirmière avancée constitue une solution sûre et efficace pour les personnes vivant avec une maladie non transmissible. Elle les aide à gérer leur état de santé, à prévenir les complications et à éviter les hospitalisations inutiles. »
M. Catton a replacé ces enjeux dans un contexte mondial préoccupant. Près de la moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès aux services de santé essentiels, tandis que les systèmes de santé sont confrontés à de graves pénuries de personnel infirmier et d’autres professionnels de santé. À ces défis s’ajoutent des besoins de santé croissants liés au vieillissement de la population, à l’augmentation des maladies chroniques, à la multimorbidité et aux troubles de santé mentale, ainsi qu’à une intensification des besoins humanitaires et des crises.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), sans mesures urgentes, le monde risque de ne pas atteindre, d’ici à 2030, les cibles des Objectifs de développement durable (ODD) liées à la santé.
Ensemble, ces pressions exigent une nouvelle approche de la prestation des soins, une approche qui rapproche les services des communautés, renforce la prévention et les soins de santé primaires, et permette à chaque professionnel de la santé de contribuer à la hauteur de sa formation et de son expertise.

Les infirmières de pratique avancée sont au cœur de cette transformation. Leur expertise clinique avancée leur permet d’évaluer, de diagnostiquer, de prendre en charge et de coordonner les soins, tandis que leur formation infirmière garantit que ces soins demeurent ancrés dans la prévention, les relations thérapeutiques et une compréhension globale de la situation des patients, y compris des déterminants sociaux de la santé.
M. Catton a présenté des données probantes solides, notamment issues de revues Cochrane majeures, démontrant que les infirmières de pratique avancée dispensent des soins sûrs, efficaces et de haute qualité, avec d’excellents résultats en matière de santé et un niveau élevé de satisfaction des patients.
Il s’est également appuyé sur des exemples internationaux montrant comment les infirmières de pratique avancée rapprochent les services des communautés, améliorent l’accès aux soins pour les populations mal desservies et assurent la continuité des soins pour les personnes vivant avec plusieurs maladies chroniques. Leur contribution aide les systèmes de santé à évoluer d’un modèle centré sur les épisodes de soins vers des soins intégrés, préventifs et véritablement centrés sur la personne.
La pratique infirmière avancée joue également un rôle essentiel dans la préparation aux crises et les interventions d’urgence.
M. Catton a souligné que les pays ne peuvent attendre la prochaine urgence sanitaire pour développer ces capacités. Investir dès aujourd’hui dans la formation en pratique infirmière avancée, le leadership et la préparation aux situations de crise permet aux infirmières d’assurer le maintien des services essentiels, de protéger les communautés et de contribuer au rétablissement des systèmes de santé lorsque surviennent des crises. Par l’intermédiaire de son initiative #NursesforPeace, le CII continue de soutenir les infirmières dans les zones de conflit et de crise afin qu’elles puissent répondre aux urgences, soutenir les systèmes de santé, accompagner les communautés et contribuer à créer les conditions du relèvement et de la paix.
M. Catton a coprésidé le comité directeur du rapport phare de l’Organisation mondiale de la Santé intitulé L’état des soins infirmiers dans le monde 2025 et s’est appuyé sur ses conclusions pour mettre en évidence à la fois les progrès accomplis et les défis qui subsistent.
Il s’est félicité du constat du rapport selon lequel 62 % des pays participants ont mis en place des rôles de pratique infirmière avancée, contre 53 % en 2020, tandis que 13 % supplémentaires ont indiqué que ces rôles étaient partiellement mis en œuvre. Il a toutefois averti que les capacités en matière de pratique infirmière avancée demeuraient inégalement réparties. De profondes disparités persistent dans le nombre et la répartition des infirmières entre les pays à faible revenu et les pays à revenu élevé, tandis que les différences en matière de formation, de reconnaissance professionnelle, de réglementation et de domaine de pratique continuent d’empêcher de nombreuses infirmières de pratique avancée d’exercer pleinement leur potentiel.
Le rapport L’état des soins infirmiers dans le monde 2025 ainsi que les Orientations stratégiques mondiales de l’OMS pour les soins infirmiers et obstétricaux reconnaissent que la pratique infirmière avancée est essentielle à la réorientation des systèmes de santé vers les soins de santé primaires, en particulier au bénéfice des communautés défavorisées.
Pour traduire ces engagements politiques mondiaux en actions concrètes, il ne suffit pas de créer des rôles de pratique infirmière avancée sur le papier, a déclaré M. Catton. Les pays doivent former, recruter et fidéliser des infirmières de pratique avancée, mettre en place des parcours professionnels durables et veiller à ce que leur expertise ne soit ni limitée par des cadres réglementaires obsolètes ni perdue en raison de l’épuisement professionnel, des pénuries de personnel ou de conditions de travail inadéquates
Il a conclu :
« Les systèmes de santé ne peuvent pas compter sur les infirmiers et infirmières de pratique avancée pour mener la transformation s’ils ne leur offrent pas les conditions nécessaires pour rester, s’épanouir et diriger. Il est temps que les dirigeants :

La 14e Conférence du Réseau IP/IPA du CII se poursuit tout au long de la semaine, réunissant des infirmières praticiennes (IP) et des infirmières de pratique avancée (IPA) du monde entier afin de renforcer l’impact mondial, de favoriser l’innovation et de promouvoir des soins de qualité.