Le CII appelle à une action urgente face à la répartition inégale des infirmières entre les milieux hospitaliers et communautaires

23 Juin 2026
HC visit

Le discours d’ouverture du directeur général du CII met en lumière les écarts entre les politiques de santé mondiales et les réalités des soins infirmiers communautaires 

Howard Catton, directeur général du Conseil International des Infirmières (CII), a prononcé le discours d’ouverture de la 5e Conférence mondiale de l’Organisation internationale des infirmières de soins à domicile (IHCNO), qui s’est tenue du 17 au 19 juin 2026 à Londres, sur le thème : « Des soins au-delà des murs : le pouvoir des soins infirmiers à domicile, dans les communautés et dans les structures de soins primaires ». L’IHCNO est un membre affilié du CII. 

S’adressant à un public international composé d’infirmières et d’infirmiers en soins à domicile, de formateurs, de dirigeants et de chercheurs, M. Catton s’est appuyé sur le rapport 2025 de l’OMS intitulé « État des soins infirmiers dans le monde » (SOWN), dont le CII a assuré la coprésidence, ainsi que sur des données mondiales relatives aux effectifs et aux politiques. Il a délivré un message clair et pressant : la répartition inégale des infirmières entre les milieux hospitaliers et communautaires doit être corrigée de toute urgence, et il est nécessaire de donner aux infirmières les moyens d’agir en tant que pilier des soins préventifs, centrés sur la personne et de premier recours, indispensables pour atteindre les ambitions mondiales en matière de santé, notamment la santé pour tous et les Objectifs de développement durable (ODD). 

M. Catton a expliqué aux participants que la pénurie mondiale de 5,8 millions d’infirmières est aggravée par des inégalités de répartition souvent négligées. Il a déclaré : 

« La question n’est pas seulement de savoir combien d’infirmières il y a dans le monde, mais aussi où elles se trouvent. Nous discutons souvent des concentrations inégales d’infirmières entre les régions riches en ressources et celles qui en manquent, ainsi qu’entre les zones urbaines et rurales, mais il existe un autre déséquilibre majeur qui mérite notre attention. Le personnel infirmier reste concentré en milieu hospitalier (dans de nombreux pays, au moins 60 à 65 %), tandis qu’il est trop peu nombreux dans les communautés, les domiciles et les dispensaires qui constituent le fondement des soins de santé primaires. 

Par exemple, en Angleterre, où nous nous réunissons aujourd’hui, des données inquiétantes suggèrent que seulement 12 % des infirmières du NHS travaillent dans des services communautaires spécialisés, tandis que des effectifs essentiels, tels que les infirmières de quartier, les visiteurs de santé et les infirmières scolaires, sont en baisse. » 

Ces tendances mondiales témoignent d’un grave décalage par rapport à l’orientation fixée par les politiques de santé. Le SOWN 2025 appelle explicitement à une réorientation des systèmes vers des soins de santé primaires centrés sur la personne, tandis que les orientations stratégiques mondiales de l’OMS pour les soins infirmiers et obstétricaux — auxquelles tous les États membres se sont engagés et que le CII a vivement soutenues — invitent à planifier et à former les infirmières aux soins communautaires et primaires, afin qu’elles puissent exercer pleinement leurs compétences. 

M. Catton a remis en question les perceptions dépassées des soins infirmiers communautaires, opposant des stéréotypes nostalgiques — tels que l’image de l’infirmière de quartier parcourant à vélo la campagne anglaise, popularisée par des séries télévisées comme The District Nurse de la BBC — aux réalités complexes et multidimensionnelles de ce rôle aujourd’hui. 

Il a déclaré :« Aujourd’hui, les infirmières en soins communautaires administrent des traitements de chimiothérapie et gèrent des schémas thérapeutiques complexes au domicile des patients. Elles sont responsables des voies d’accès vasculaires et des dispositifs associés, supervisent la prise en charge spécialisée des plaies et apportent un soutien aux soins de fin de vie, là où la grande majorité des personnes souhaiterait passer ses derniers jours. 

Auparavant, la plupart de ces soins auraient nécessité une hospitalisation. De plus, elles gèrent les besoins cliniques et sociaux complexes des personnes atteintes de plusieurs maladies chroniques. Et surtout, ce sont elles qui coordonnent les soins : ce sont les professionnelles qui ont une vision globale de la santé d’un patient, assurent la liaison entre les différents services et dispensent l’éducation à la santé ainsi que des soins préventifs à des communautés entières. 

Il s’agit d’un travail infirmier et d’un leadership hautement qualifiés et cliniquement complexes, qui devraient être reconnus, valorisés et dotés de ressources suffisantes. » 

M. Catton a également évoqué l’importance cruciale des soins infirmiers dans le cadre des soins de santé primaires, essentiels à la réalisation d’engagements mondiaux tels que les Objectifs de développement durable (ODD) et la couverture sanitaire universelle (CSU). Il a souligné l’urgence de donner aux infirmières et infirmiers les moyens d’agir afin de transformer les systèmes de santé pour répondre aux demandes croissantes, à l’évolution des besoins de la population et à la complexité des contextes sanitaires et géopolitiques. 

Il a lancé un défi direct à la communauté sanitaire mondiale en déclarant : 

 « La santé pour tous ne peut pas se limiter aux soins prodigués à ceux qui peuvent se rendre à l’hôpital. La couverture sanitaire universelle consiste à atteindre chaque personne, quel que soit son lieu de résidence, et les infirmières, qui constituent le plus grand groupe de professionnels de santé et disposent d’une présence inégalée au cœur des communautés, sont essentielles pour garantir que personne ne soit laissé pour compte. » 

M. Catton a établi un lien entre la valeur des soins infirmiers communautaires et le nouveau cadre des « pouvoirs infirmiers » du CII, présenté dans le rapport du CII pour la Journée internationale des infirmières 2026, intitulé « Le pouvoir d’agir des infirmières sauve des vies ». 

Il a déclaré : 

 « Le rapport de cette année, fondé sur des données probantes, fait évoluer la perception mondiale des soins infirmiers d’une vision monochrome à une vision multicolore, grâce à notre modèle des sept pouvoirs infirmiers : le pouvoir de la confiance, le pouvoir du professionnalisme, le pouvoir du nombre, le pouvoir de la pratique, le pouvoir des soins, le pouvoir de la proximité et le pouvoir de la paix. Chacun de ces pouvoirs s’incarne clairement dans les soins infirmiers communautaires et à domicile. 

Les infirmières et infirmiers constituent le segment le plus important et le plus fiable du personnel de santé. Ils sont les professionnels les plus proches des patients et des communautés, avec un impact direct sur les résultats en matière de santé. Ils peuvent apporter des solutions aux problèmes de santé les plus urgents : vieillissement de la population, augmentation des maladies non transmissibles, conflits, crises sanitaires et climatiques — autant de défis qui ne seront pas résolus uniquement dans les hôpitaux, mais aussi à domicile, dans les cliniques et au sein des communautés. 

Il est temps de renforcer structurellement le personnel infirmier afin de lui permettre d’exercer pleinement son impact, notamment en corrigeant le déséquilibre persistant entre les milieux hospitaliers et les soins communautaires et de santé primaires. » 

Enfin, M. Catton a appelé à un changement systémique visant à développer et pérenniser le personnel infirmier communautaire. Il a notamment proposé d’intégrer des stages significatifs en milieu communautaire dans la formation initiale, afin que les étudiants découvrent dès le départ toute l’étendue de cette pratique ; de créer des parcours professionnels clairs permettant d’accéder à des postes en soins communautaires et à domicile dès le début de carrière ; et de veiller à ce que les grilles salariales et les perspectives d’évolution reflètent réellement la complexité, les compétences cliniques et la responsabilité professionnelle qu’exigent ces fonctions.